L’Arbre de Diane (1962), préface d’Octavio Paz

(Trad. Que-vent-emporte, texte original dans ALEJANDRA PIZARNIK, POESIA COMPLETA, éd. Lumen)

L’Arbre de Diane d’Alejandra Pizarnik. (Chimie) : cristallisation verbale par amalgame d’insomnie passionnelle et de lucidité diurne dans une dissolution de réalité soumise aux plus hautes température. Le contenu ne comporte aucune particule de mensonge. (Botanique) : l’arbre de Diane est transparent et ne donne aucune ombre. Il possède sa propre lumière, scintillante et brève. Il naît sur les terres sèches d’Amérique. Le climat hostile, l’inclémence des discours et le brouhaha, l’opacité générale des espèces pensantes qui l’environnent stimulent, par un phénomène de compensation bien connu, les propriétés lumineuses de cette plante. Elle n’a pas de racines ; la forme est un cône de lumière légèrement obsédante ; les feuilles sont petites, couvertes de quatre ou cinq lignes d’écriture phosphorescente, le pétiole est élégant et agressif et les marges dentelées ; les fleurs sont diaphanes, les femelles distinctes des mâles ; les premières aux points d’attache, quasi somnambules et solitaires, les autres en épis, en pinces ou, plus rarement, en pointes. (Mythologie et ethnographie) : Les Anciens croyaient que la trajectoire diurne du soleil était une branche arrachée à l’arbre de Diane. La cicatrice du tronc était considéré comme le sexe (féminin) du cosmos. Peut-être s’agit-il d’un figuier mythique (la sève des rameaux tendres est laiteuse, lunaire). Le mythe fait peut-être allusion à un sacrifice par démembrement : un adolescent (garçon ou fille?) était écartelé à chaque nouvelle lune pour stimuler la reproduction des images dans la bouche de la prophétesse (archétype de l’union des mondes inférieur et supérieur). L’arbre de Diane est l’un des attributs masculins de la divinité féminine. Certains y voient une confirmation supplémentaire de l’origine hermaphrodite de la matière grise, voire de toute matière ; d’autres en déduisent qu’il s’agit d’un cas d’expropriation de la substance masculine solaire : le rite serait seulement une cérémonie de mutilation magique du rayon primordial. En l’état actuel de nos connaissances, il est impossible de trancher entre ces deux hypothèses. Signalons cependant que les participants mangent ensuite des charbons incandescents, coutume qui s’est perpétuée jusqu’à nos jours. (Héraldique) : Ecu d’armes parlantes. (Physique) : Longtemps on a nié la réalité physique de l’arbre de Diane ; du fait de son extrême transparence, rares sont ceux qui parviennent à l’apercevoir. La solitude, la concentration et une exacerbation générale de la sensibilité sont indispensables à quiconque veut le distinguer. Certaines personnes, réputées intelligentes, se plaignent qu’en dépit d’une intense préparation ils n’y voient rien du tout. Pour dissiper leur erreur, il suffit de se rappeler que l’arbre de Diane n’est pas un corps que l’on puisse voir : c’est un objet (vivant) qui nous permet de voir au-delà, un instrument d’optique naturel. D’ailleurs, une petite expérience de critique expérimentale anéantira effectivement et une fois pour toutes les préjugés de la culture académique contemporaine : exposé frontalement au soleil, l’arbre de Diane réfléchit ses rayons et les rassemble en un foyer central appelé poème, qui produit une chaleur lumineuse capable de brûler, de faire fondre et même de volatiliser les incrédules. On recommande cette expérience aux critiques littéraires de langue espagnole.
Octavio Paz
Paris, avril 1962

L’Arbre de Diane, poèmes

1
J’ai sauté hors de moi à l’aube
J’ai abandonné mon corps à la lumière
et j’ai chanté la tristesse de ce qui naît.

2
Ici, les versions que nous proposent :
un trou, une paroi qui tremble…

3
La soif seulement
le silence
aucune rencontre

garde-toi de moi mon amour
garde-toi de la silencieuse dans le désert
de la voyageuse au verre vide
de l’ombre de son ombre

4
Cela dit :
Celui qui cessera de plonger sa main dans sa poche à la recherche d’une aumône pour la petite oubliée. Le froid paiera. Paiera le vent. La pluie paiera. Paiera le tonnerre.
A Aurora et Julio Cortazar

5
Pour une minute de brève vie
unique les yeux ouverts
pour une minute le temps de voir
dans le cerveau de petites fleurs
dansant comme des mots dans la bouche d’un muet

6
elle se dépouille au paradis
de sa mémoire
elle méconnaît le destin féroce
de ses visions
elle a peur de ne pas savoir nommer
ce qui n’existe pas

7
Elle saute la chemise en flammes
d’étoile en étoile
d’ombre en ombre.
Elle meurt d’une mort lointaine
celle qui aime le vent.

8
Mémoire illuminée, galerie où erre l’ombre de ce que j’attends. Ce n’est pas vrai qu’il viendra. Ce n’est pas vrai qu’il ne viendra pas.

9
Ces os qui brillent dans la nuit,
ces mots comme des pierres précieuses
dans la gorge vivante d’un oiseau pétrifié,
ce vert très aimé
ce chaud lilas
ce coeur seulement mystérieux.

10
un vent faible
plein de visages dédoublés
que je découpe en forme d’objets à aimer

11
maintenant
en cette heure innocente
moi et celle que je fus nous nous asseyons
au seuil de mon regard

12
finies les douces métamorphoses d’une fillette de soie
somnambule maintenant sur la corniche de brume

son réveil aussitôt respirante
de fleur qui s’ouvre dans le vent

13
expliquer avec des mots de ce monde
qu’une barque s’est détachée de moi et m’emporte

14
Le poème que je ne dis pas
celui que je ne mérite pas.
Peur d’être deux
chemin du miroir :
quelqu’un en moi endormi
me mange et me boit.

15
Je m’étonne de me déshabituer
de l’heure de ma naissance.
Je m’étonne de ne plus faire office
de nouvelle venue.

16
tu as construit ta maison
tu as emplumé tes oiseaux
tu as frappé le vent
de tes propres os

tu as terminé seule
ce qui jamais ne commença

17
Jours où une parole lointaine s’emparera de moi. Je vais ces jours-ci somnambule et transparente. La belle automate se chante, s’enchante, se conte cas et causes : nid de fils rigide ou je me danse et me pleure en mes innombrables funérailles. (Elle est son miroir incendié, son attente de froids feux de joie, son élément mystique, sa fornication de noms qui croissent solitaires dans la nuit pâle.)

18
comme un poème averti
du silence des choses
tu parles pour ne pas me voir

19
quand je verrai les yeux
que je possède tatoués dans les miens

20
elle dit qu’elle ne sait rien de la peur de la mort de l’amour
elle dit qu’elle a peur de la mort de l’amour
elle dit que l’amour est mort est peur
elle dit que la mort est peur est amour
elle dit qu’elle ne sait pas
A Laure Bataillon

21
Je suis née tellement
et j’ai doublement souffert
dans la mémoire d’ici et dans celle de là-bas

22
dans la nuit
un miroir pour la petite morte
un miroir de cendres

23
un coup d’oeil à partir un égout
peut être une vision du monde
la rébellion consiste à regarder une rose
jusqu’à s’en pulvériser les yeux

24
(un dessin de Wols)
ces fils emprisonnent les ombres
et les obligent à rendre compte du silence
ces fils unissent le regard au sanglot

25
(exposition Goya)
un trou dans la nuit
subitement investi par un ange

26
(un dessin de Klee)
quand le palais de la nuit
allumera sa beauté
nous gratterons les miroirs
jusqu’à ce que nos visages chantent comme des idoles

27
un choc de l’aube dans les fleurs
me laisse ivre de rien et de lumière lilas
ivre d’immobilité et de certitude

28
tu t’éloignes des noms
qui filent le silence des choses

29
Ici, nous vivons avec une main sur la gorge. Que rien n’est possible, ceux qui inventaient les pluies et tissaient des mots avec le tourment du manque le savaient déjà. C’est pour cela que leurs plis rendaient un son de mains amoureuses de la brume.
A André Pieyre de Mandiargues

30
dans l’hiver fabuleux
la chanson triste des ailes dans la pluie
dans la mémoire de l’eau des doigts de brume

31
C’est fermer les yeux et jurer de ne pas les ouvrir. Tandis que dehors on s’alimente d’horloges et de fleurs nées de la ruse. Mais, les yeux fermés, dans une souffrance en vérité démesurée, nous grattons les miroirs jusqu’à ce que les paroles oubliées sonnent magiquement.

32
Zone de plaies où l’endormie mange lentement
son coeur de minuit.

33
une fois
une fois cette fois
je m’en irai sans m’arrêter
je m’en irai comme qui s’en va
A Ester Singer

34
la petite voyageuse
mourait expliquant sa mort
de sages animaux nostalgique
visitaient son corps chaud

35
Vie, ma vie, laisse-toi choir, laisse-toi avoir mal, ma vie, laisse-toi enlacer de feu, de silence ingénu, de pierres vertes dans la maison de la nuit, laisse-toi choir et avoir mal, ma vie.

36
dans la cage du temps
l’endormie contemple ses yeux solitaires
le vent lui apporte
la subtile réponse des feuilles
A Alain Glass

37
au delà de toute zone interdite
il y a un miroir pour notre triste transparence

38
Ce chant repentant, qui veille derrière mes poèmes
ce chant est mon démenti, mon bâillon.

Traduction Que-vent-emporte

La Violence de l’interprétation : que signifie ce titre ?

Un résumé pour faire le point

Il faut arriver vers le milieu du livre pour qu’enfin ce titre énigmatique prenne sens. Et ce n’est pas banal.
Pour faire court, car le livre traite avant tout de la psychose, admettons qu’Aulagnier s’intéresse à la manière dont l’enfant accède au langage. Mais elle le fait sous un angle très particulier, car le langage y est traité non pas comme une compétence à acquérir, mais comme ce à travers quoi la subjectivité se constitue. Ce n’est donc pas de l’apprentissage, de ses modalités, de son optimisation qu’il sera question, mais bien de l’entrée dans le langage comme moment incontournable de la formation de la personne. L’acquisition de la compétence masque en général le véritable enjeu du processus ; le langage est l’espace dans lequel le JE peut advenir, un JE essentiellement constitué par un discours, comme nous le verrons.

On n’entre pas en langage comme on apprend une langue étrangère ; apprendre une langue seconde suppose en effet la maîtrise d’une langue première ; or, c’est bien de celle-ci qu’il s’agit. L’enfant serait-il alors comme le cinéma, passant du muet au parlant par l’effet d’un progrès technique ? La métaphore est trompeuse, car le cinéma muet suppose le langage et ne ramène en aucun cas ses acteurs au stade de l’infans. Certes, l’enfant dispose déjà d’un système de représentations ; s’il y a mémoire donc aptitude à reproduire et à reconnaître, il y a représentation, mais pas forcément langage. Ce point sera réexaminé plus tard.
Revenons à la manière dont l’enfant acquiert le langage. Aulagnier suit le cheminement caractéristique de toute théorisation psychanalytique. Elle dit des choses qu’on ne peut voir, elle émet une série de postulats qui, bien sûr, ne valent que ce que peuvent valoir des postulats ; ses propositions résultent d’une interprétation des données fournies par l’observation clinique, interprétation qui conduit à l’élaboration d’un modèle compatible avec les données cliniques, ce que Freud lui-même appelle une fiction théorique.
On pourrait dire, métaphoriquement, qu’à un moment donné le langage est inoculé à l’enfant, introduit en lui de force. ça ne lui vient pas du dedans, ça lui est imposé et il n’a pas le choix. Ainsi se trouve expliqué l’emploi du mot violence dans le titre. Cette violence, bien qu’elle soit infligée à l’enfant par la mère, ne tient pas au caractère de celle-ci. La mère ne fait que la relayer à son insu. C’est une violence systémique, incontournable, exercée sans volonté de nuire. L’entrée en langage est une étape nécessaire du développement de l’être humain.
Mais comment le langage est-il ainsi inoculé ? L’expression n’est qu’une métaphore, à quoi nous renvoie-t-elle ? Prenons acte d’emblée des limites de la métaphore. De l’inoculation, retenons l’idée d’introduction depuis l’extérieur et celle d’investissement de l’ensemble de l’organisme. Autre métaphore qui précise le sens de la première. En revanche, cette implémentation (encore une métaphore) dans son exécution, se distingue d’une inoculation par le fait qu’elle procède d’une exposition continue au discours maternel, discours qui consiste pour l’essentiel en une récurrente interprétation. La mère parle à son enfant, depuis sa naissance et probablement bien avant. Elle ne lui parle ni du temps qu’il fait, ni de l’actualité mondiale, ni de ce que papa fait quand il n’est pas à la maison. Elle dit l’enfant, elle commente en permanence ce qu’elle perçoit de lui, elle traduit en mot ce qu’elle ressent en sa présence. Bref, elle interprète. A journées faite, elle dit le bien-être, la douleur, la tristesse, la raison des pleurs, etc. Elle parle à son enfant comme si celui-ci la comprenait très bien, articulant les réponses aussi bien que les question, et il est un fait qu’il la comprend, à sa manière, qui n’est pas encore de langage, mais qui s’en approche : le grain de la voix, les mille et une nuances de l’intonation, car la voix porteuse de mots, c’est aussi et d’abord de la matière, du sensible, au même titre que les caresses ou la nourriture.
Oui, mais …
– Qui est la mère pour savoir ce que son enfant ressent et lui dire ce qu’il doit en penser ?
– Que peut l’enfant pour trier le vrai du faux, pour nuancer l’interprétation maternelle ?
L’interprétation de la mère n’est soumise à l’épreuve d’aucun contre-discours ; elle s’impose au contraire comme discours premier, fondateur.
La seule position possible pour l’enfant est la soumission à ce discours premier.
Mais comment ce discours premier de la mère devient-il du langage ? De quelle manière le son devient-il signe, signe compris et signe disponible pour articuler une réponse ?
On croit volontiers que le sens des mots se fait dans une confrontation toute simple des mots et des choses. Je te montre tel objet, et je dis « table ». Aulagnier, de façon très convaincante, suggère que les choses ne se passent pas du tout ainsi et que le processus de signifiance repose sur un fondement bien plus complexe. Ce qui est nommé d’abord et toujours, ce sont les affects les plus intimes de l’enfant. Ce qui est offert, c’est l’expression des affects les plus intimes de la mère. Bien avant d’être en mesure de s’interroger sur lui-même, l’enfant est dit, mis à nu, décliné par la mère, alors même qu’en toute rigueur la mère n’a aucune perception directe de ce qui fonde son discours. Nous rejoignons ici la distinction entre explication et compréhension que nous avons évoquée à propos de Dilthey et de Ricoeur. Le discours de la mère, celui qui constitue l’amorce de l’entrée de l’enfant dans la sphère du langage relève entièrement de la compréhension, de la tentative largement illusoire de percer la subjectivité d’autrui.
Et comme l’entrée dans le langage c’est en premier lieu l’accès à la construction de soi, la trame sur laquelle tous les motifs du soi seront déclinés par la suite, c’est ce discours primordial de la mère.
Ce développement permet une remarque à propos de l’objectivité, de l’opposition entre objectivité et subjectivité et, finalement à propos de la question de l’interprétation en général.
Une donnée peut être qualifiée d’objective si, à propos d’un objet extérieur, au moins deux personnes possèdent les mêmes critères de reconnaissance, les mêmes représentations. L’objet tel qu’il se donne à la sensibilité est la référence objective qui permet de juger de la concordance relative des deux systèmes de représentation. C’est ainsi que les choses se passent dans les sciences de la nature. Les données subjectives, en revanche, par définition, ne renvoient jamais à un objet que l’on puisse montrer. Elle ne peuvent être approchées que de manière indirecte par l’interprétation de données matérielles qui dépendent d’elle et qui font signe. Elle ne fournit que des résultats conjecturaux. Pourtant, c’est bien par là et par aucune autre voie que le jeune enfant accède au symbolique.

Piera Aulagnier, Acquisition du langage, le langage fondamental

La Violence de l’interprétation, pages 159 – 160

Il est ici question de la fonction identifiante d’un discours, qui n’est pas n’importe quel discours, mais celui tenu par la mère devant un enfant qui ne parle pas encore ou qui se trouve juste sur le point de parler.

La mère, en effet, enveloppe l’enfant d’un manteau verbal. Cela commence avant même la naissance, avec tout ce qui est dit en l’absence de l’enfant ; puis cela continue en présence de ce dernier. C’est toujours de l’enfant qu’il s’agit, dans un constant processus d’interprétation par la mère. Ce discours couvre l’ensemble de l’expérience de l’enfant et, lorsque l’enfant devient capable de comprendre, voire de répondre, il impose à toute chose un nom, à chaque affect une interprétation.

C’est en cela que consiste la fonction identifiante du discours, le fonctionnement de ce qu’Aulagnier appelle le langage fondamental.

L’accès au « Je » n’est rien d’autre pour l’enfant que le fait de reprendre à son compte l’ensemble de ce discours. Celui-ci, constitué pour l’essentiel en présence de l’enfant, lui vient entièrement de l’extérieur ; mais c’est « tout naturellement », sans s’aviser qu’il n’en est pas l’auteur ou qu’il ne le porte pas en lui depuis l’origine, que l’enfant s’en empare.

Une remarque s’impose ici à propos de l’acquisition de la langue maternelle. L’enfant n’apprend pas une langue, on ne peut même pas dire qu’il apprenne à parler, comme s’il s’agissait avant tout d’une compétence jusqu’ici manquante qu’il faudrait acquérir. Il accède au Je. Apprendre à parler, c’est cela et si par la suite l’enfant acquiert toutes les compétences nécessaire pour comprendre les autres et se faire comprendre d’eux, on ne peut absolument pas prétendre que cela constitue la finalité première de l’acquisition du langage. Entrant dans le langage, reprenant à son compte le discours que d’autres ont construit à son propos, l’enfant devient capable de dire qu’il est cela, que sous le « Je » c’est tout ce discours-là qui se cache et pas un autre. Il endosse son propre rôle et reconnaît sa place au sein de la constellation humaine qui l’entoure. La fonction première – pour ne pas dire primaire – du langage est cette fonction identifiante ; tout le reste est secondaire.

Revenons au langage fondamental. Fondamental, il l’est parce que le discours qui s’articule dans sa mise en oeuvre constitue véritablement le soubassement, le fondement, l’infrastructure du moi.

Est-ce bien aussi tranché que cela ? Après tout, on ne se représente pas soi-même qu’avec des mots. Il existe des représentations qui ne sont pas du langage… J’en conviens mais à ce propos, je hasarderai une hypothèse qu’il faudra bien sûr confronter aux données de la littérature et aux faits. Je pense qu’au même titre que les processus secondaires prétendent imposer leur logique à l’ensemble des processus psychique, le langage informe directement ou indirectement l’ensemble des systèmes de représentation. On sait que cette prééminence du secondaire est largement illusoire ; ainsi en va-t-il probablement de cette prétention du langage. Toujours est-il que « Je » est un mot, que l’identité se décline avec des mots et que toute autre forme de représentation  été revisitée et influencée par le langage. C’est ce que je pense, mais cela reste à vérifier.

Le concept de langage fondamental nous renvoie au président Schreber et à la psychose. Ce qu’il faut ici comprendre c’est que la psychose rend visible, détache des autres dimensions du langage (son usage quotidien) cette fonction primordiale. Le psychotique qui entend des voix projette hors de lui ce discours identifiant qui le constitue, il le renvoie d’une certaine manière à son lieu d’origine. Pour Schreber c’est le placer dans la bouche de Dieu lui-même.

Le langage fondamental développe son discours en suivant deux axes ; c’est d’une part un discours informant (qui donne forme à ce que je suis) et, d’autre part, un discours positionnant (qui dit ce que je suis par rapport aux autres).